Quelques expos, sites (concrets ou virtuels) et monuments à voir, à revoir...
 

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Une petite expo vernaculaire Le Vent d’Après, soit les primés avec félicitations du jury de l’Ecole des Beaux Arts. Une seule salle, de plein pieds quai Malaquais. A l’intérieur des choses plastiques, on s’en doutait, dont celle-ci, une splendeur de tartuferie esthétique contemporaine. A SAN VICENTE, UN ENTRAINEMENT, 2010, action sur plusieurs jours et installation (dessin en bois brûlé, bois, dictaphone) de dimensions variable.Thème : un commandant colombien crie « brûlez » (Feu, en français) à une troupe de guérilleros à l’entraînement avec des fusils en bois découpés, et qui répondent BamBam Taratata ! Que va faire l’artiste ? la revolución ?
« J’exécute alors l’ordre donné par le commandant et brûle le bout de plusieurs fusils fabriqués de la même façon que ceux des combattants. Ensuite, sur le mur où est accroché le dictaphone (diffusant l’enregistrement des cris du camp), empoignant les fusils comme des vrais, je dessine, avec leur bout brûlé, le souvenir qui me reste de la forêt »
Marcos Avila Forero.
A ART BASEL, je n’ai vu et emporté que le catalogue. Le spectacle était à l’accueil, toute la faune des marchands et investisseurs-spéculateurs de première grandeur se pressait à l’ouverture en ce jour réservé aux « pros ». Malheureusement le vernissage pour lequel nous avions un carton était à une heure trop tardive, et nous avons choisi de flâner dans la ville. Une merveille préservée du temps, astiquée et valorisée un peu comme Prague (mais peut-être toutes les villes seront muséographiées bientôt) pas de bagnoles sauf pour les services urbains, bref silence, luxe, beauté. Mais il faut sans doute être très riche pour apprécier cette bonté de vivre en Suisse. Sur Art Basel, ceci : rien ou presque qui soit encore de la Peinture. N’importe quoi et tout le reste en grande abondance dans le thème principal : concours d’esthétique post-duchampoing.
Paris au temps des Impressionnistes, à l’Hôtel de Ville, voilà ce qu’il ne faut pas manquer. On y trouvera pêle-mêle les grands et les petits maîtres de l’époque dans une confrontation éclectique et joyeuse. C’est comme si la diversité des talents primait sur la hiérarchie des choix, ou mieux encore, les choix non faits et les évaluations non terminées : le sceau menaçant des expertises culturelles modernistes aurait épargné cette salle populaire et gratuite, et pour peu on aurait presque l’illusion d’y faire son marché !
J’ai vu Manet au Musée d’Orsay… et je étais pas le seul ! Dans la file d’attente, parqué comme moutons vers l’abattoir, il m’est venue cette idée lumineuse : pourquoi ne pas faire circuler les visiteurs sur un tapis roulant (comme au Châtelet mais en plus lent) devant les cimaises, au lieu de les lâcher par volées de 50 après 3 heures d’attente ?
Pour finir sur Manet, rien de nouveau sur le grand novateur du XXème, sauf le nombre de ses admirateurs. Je me suis amusé de voir certains tout regarder comme « du Manet » alors que ça et là des œuvres éparses de quelques uns de ses vénérables contemporains étaient disséminées discrètement, seul le cartel minuscule en faisant foi.
A la FIAC, Tour carrée du Louvre, j'ai promené ma curiosité, avec le projet de vérifier s'il y avait du nouveau, comme on dit. Nous avons fait, Dagmar et moi, trois ou quatre fois le tour complet du salon. J'ai bien entendu, en tant que peintre, l'appréhension que l'histoire de l'art se renouvelle sans moi. Mais bon, pas de danger à l'horizon du post dadaïsme qui continue à inspirer les générations successives d'artistes et on retrouve ici en 2010 le même esprit burlesque que celui de... la première Biennale de Paris ! Je ne parlerai donc que d'une personnalité, celle de GIGI SCARIA. Cet artiste indien m'a fait passer un délicieux moment. Ses oeuvres présentées étaient des écrans numériques disposés comme des tableaux de petits formats paysage. Au lieu d'y lire ces perpétuelles vidéos qu'il faut prendre laborieusement comme des films du début à la fin, des séquences saccadées s'y jouaient à deux temps (une image fixe, puis une autre image fixe) produisant l'effet archaïque des très courts métrages datant de l'invention du film animé. C'est très inattendu dans cette simplicité du concept, mais le contenu est parfaitement déroutant et m'a plongé dans la perplexité : faire le moins avec le plus. Utiliser l'image numérique pour un tour de passe-passe de lanterne magique avec l'effet de mouvement déclenché par la substitution d'une deuxième image légèrement différente de la première produit une magnification du contenu proportionnelle à l'appauvrissement du procédé. C'est avec un regard captif de l'enfant que j'ai essayé de comprendre les séquences surréalistes proposés, et donc tel un enfant je n'ai compris que le plaisir de cette petite bousculade signifiante dans ma tête. Au final, il y a une dynamique vraiment joyeuse dans cette formulation, et cela détonne de toutes ces blagues glacées des autres artistes présentés, qui ont un humour qui tue la joie, un esprit-fin morose, et dont les détournements, accumulations, changements d'échelle et autres astuces plastiques sentent le renfermé, le convenu, l'officiel.
Profitant de ma propre expo dans cet ex-quartier chaud de St-Germain, je me ballade dans les rues proches. Rue des St-Pères j'avise de très grands portraits figuratifs, en cours d'installation. Ces peintures sont présentées sous-plexi, ce qui est inhabituel et donne lieu à ce beau reflet sur mon image. Ce mec, CRAIG HANNA est certainement un excellent dessinateur, et qui plus est, veut mettre ce talent en peinture. D'où ces contours très marqués auxquels se rajoutent des grosses virgules plus claires pour soutenir "férocement" le trait. Bien sûr, je suis épaté, d'abord appâté par tant de signalisation, et un peu dégoûté au final par le procédé. Tout semble avoir été mis en oeuvre pour mettre en relief ces figures et l'artiste aurait pu aussi bien nous offrir une paire de lunette rouge et verte pour garantir l'effet. Beaucoup de science et d'efficience donc dans cette procédure de booster l'image à la manière d’un filtre Photoshop.
Alors pourquoi cette surenchère ? Réponse, : cette peinture s'adresse sans doute à des mal-voyants, les harcelés d'image que nous sommes. Et j'ai beaucoup de peine à imaginer cet artiste, dont le savoir-faire n'est pas à mettre en question, se donner tout ce mal pour être hyper visible.
Les compositions sont très savantes, en diptyque ou triptyque, avec des fondus très raffinés (le sujet disparaît avant de toucher les bords du tableau) et aussi d'astucieux "non-peints" libérant le dessin qui permettent à ce travail saturé de respirer un brin.

Pour clore ce brillantissime exploit d'art de la figure, le peintre impose le respect en mettant finement en scène toute sortes d'objets ou personnages qui n'ont rien à y faire d'autre que donner à réfléchir sur l'inattendu d'un tel ésotérisme fluo et flashy ! Que d'élégance...
Mais que de l'élégance !

Les bonnes choses existent, elles sont tout simplement aussi rares qu'avant. ART POINT FRANCE INFO confirme la règle.
Cette newsletter m'est tombée du ciel des zarts plastik;. Chaque matin ou presque, je perds mon temps à mettre à la poubelle virtuelle des newsletters qui sont autant de containers numériques remplis de tableaux de m.... Et surprise, un beau matin, un arc en ciel dans mon navigateur ! En effeuillant cette Feuillée - c'est son nom - je trouve mon content : de jolies plumes ( Catherine Plassart ) commentent avec sérieux et une élégance sans tapage des oeuvres sélectionnées avec intelligence dans le foutras des évènements médiatiques sous projecteurs aussi bien que dans les recoins où l'art se murmure discrètement dans la pénombre.
Cette belle Feuillée s'emballe depuis peu dans le cinétisme des vidéos, espérons que les contenus n'en seront pas affectés : le journalisme a flétri le lustre des mots, le vidéo-reportage pourrait bien nous vidanger les images de leur profondeur de silence !
Quoi qu'il en soit, je conseille ce webzine à tous les artistes et remercie ici toute l'équipe qui produit cette petite merveille.
Image :
Paul Rebeyrolle - La Feuillée Avril 2010
Bien longtemps que je ne m'étais pas arrêté Galerie de France. Il faut dire que cette très ancienne place forte de l'art contemporain n'expose plus rien dans ses vitrines sur rue. Il faut passer le porche, comme moi, avec la conviction que quelque chose sera donné à voir, à méditer et que l'on n'y perdra jamais son temps. J'y apprends que depuis deux a ou trois ans, une association a quartier libre pour y produire des artistes non-institutionnels, ce qui est à l'honneur de ce palais des grandes valeurs avérées.
Aujourd'hui s'y trouve
Jimmy Baker, un homme qui peint. Et qui ne lésine pas sur le vernis. A partir de photos difficilement exploitables pour le pinceau - coucher de soleil dans les montagnes au-dessus d'une base militaire - il fait du paysage. Le rendu, après saturation des vernis, finit par se rapprocher des bruns sombres des grandes toiles des prix de Rome du XIXème qu'on trouve encore dans les chapelles latérales de nos églises. Pour tout dire, c'est hétérogène au motif. Donc je tourne en rond et me demande de quoi il retourne, dans la tête de ce fin barbouilleur.
Au final, c'est de la peinture américaine, avec de grands espaces infinis, les Rocheuses, quelques volcans aussi avec des météorites qui passent. Les ciels sont agités par des sortes de miracles lumineux, on s'attend à quelque apparition pour mystique, à moins que cela soit du genre catastrophe nucléaire en cours.
Je pense que ceux qui retournent au visible en peinture auront toujours du mal à se retenir de montrer l'invisible....
Je ne sais pas si en France Gerhard Richter a beaucoup d'admirateur. En tous cas, sûrement peu d'adeptes. Il y aura plusieurs raisons à cela : Un type qui se fait connaître et célébrer pour des peintures à l'huile figuratives très léchées à partir de photos ratées, puis qui continue en pur informel, bâtissant de grands panneaux en faisant déraper les couleurs par bavures au moyen d'une longue planche ! Alors, qu'est-ce que j'admire ? Bien sûr le renversement des convictions qui permet ce genre de grand écart, comme l'a fait Chirico dans l'autre sens. Mais avant tout, dans sa première période, le pouvoir de peindre exactement - largement perdu aujourd'hui - une infinité de sujets dans la grande variété du visible. Ce qu'on aime chez Hokusai, comme chez Picasso, cette générosité que la peinture induit : tout pouvoir reproduire, le monde et toutes ses parties comme une myriade de partitions à interpréter si l'on peut jouer du pinceau !
Il faut s'attarder sur
son website et faire défiler les images. Ce qui me porte aussi vers lui, c'est cette affaire du contenu, qui a disparu peu ou prou de nos préoccupations en Art. Bien sûr, G. Richter peut peindre tout et n'importe quoi. Mais la peinture à l'huile prends infiniment plus de temps et d'énergie que de faire des photos. Par ce fait, ces images brèves, prises avec de mauvais appareils ou mal reproduites dans des magasines deviennent, fixées par lenteur dans la toile, des archétypes de nos vies incertaines.
On ne s'attend guère à se trouver face à face avec la poésie. On va au théâtre comme on va au spectacle. Ce qui caractérise le spectacle, c'est le spectaculaire. Tout y est renforcé : le son, pour les mal-entendant, la lumière, pour les mal-voyant. Les idées aussi sont boostées, pour les mal-comprenant. La poésie, ce n'est pas du tout cela. Pas d'effets d'annonce, c'est un murmure, une plume qui tombe sur un nuage aurait dit René Char. "LE NUAGE EN PANTALON" aurait pu être une pantalonade.musclée et égrillarde, pourquoi pas, puisque joué façon cabaret, dans le restaurant L'Ebouillanté, entre deux verres de blanc.
Alors voilà, c'est merveilleux, Maïakovski, un mirage où l'ombre des mots se reflète dans le lac étincelant, véritablement en feu, des idées noires, bleues ou rouges du poète russe..Les phrases se suivent comme des trains fous et se renversent, c'est renversant, et ça repart dans l'autre sens à l'envers sur le toit à aussi grande vitesse. C'est hilarant, épuisant, affolant, dégoutant ! Jamais affligeant.
Hommage soit rendu ici à
NEUS VILA PONS (photo) pour l'intensité de sa volonté de dire bien le délire de Maïakovski - elle y arrive ! - et à NATACHA KANTOR pour sa science de mettre en espace ces textes comme des corps qui pensent ou qui dansent.

C'est les 4-5-6 février 2010, à 20h00, on peut aussi boire ou manger, au restaurant L'Ebouillanté, 6 rue des Barres 75004 PARIS Réservation Participation libre

Ah les bonnes petites galeries de la rue Charlot ! Par exemple, celle de Charlotte Norberg, qui exposait jusqu'au 23 juin - le jour où j'ai bloqué les freins en passant devant - cette artiste nommée Anne Emery. Oui le flou m'attire, les figures floues et ici elles sont grandes et bien taillées dans la masse picturale. Ce sont elles aussi des figures passantes. A.E. travaille - comme moi - à partir de clips vidéo basse-déf., mais combien mieux que moi elle brosse grand et ferme ces machines humaines marchantes, comme des sortes de proues de navire embrumés dans le soleil levant. Toutes - ce sont des femmes - sont bien dressées, à bonne échelle humaine, dans le format marine vertical, dressées comme une figure peinte doit l'être, dans son rapport au support, au fond, au public. Une si bonne démonstration de l'intérêt d'une peinture d'imitation, mille bravos !
J'ai tellement à dire sur Chirico ! D'abord, le choc des images de sa période la plus courue, la peinture dite "métaphysique" qui plût tant aux surréalistes. J'ai été immédiatement capté par cette machination poétique sans équivalent. Épouvanté presque, par ce don d'établir le mystère en toute transparence : rien qui ne soit parfaitement lisible, dans ses perspectives naïves. Les choses sont montrées, plutôt lourdement. Le pinceau est dans la main du maçon. Et c'est cela même qui fait peur, cette cohérence de la simplicité absolue dans la démonstration de l'invraisemblable. Implacable Chirico. Puis soudain, apparaissent à diverses reprises, ces triturations baroques, cette peinture de genre "à l'ancienne" à la façon des maîtres. Alors je découvre l'étendue du mystère Chirico. Le fou de la place d'Italie est de fait un foufou de la place "des peintures". C'est la folie de peindre qui vient menacer le métier, la routine du style, la spécialité du spécialiste des arcades, cheminées, statues, ombres et pendules. Et voilà maintenant le bal costumé de "la grande peinture" qui nous fait valser. Avec une énergie des profondeurs, il nous change toutes les façades de son art. Moirage des soieries, or des rubans et galons, pesanteur des velours, étincelles des nacres, chatoiement des chairs. Ce ne serait qu'ennui guindé, si ce n'était que prouesse. Mais non, la réussite des mises en scènes est mise en échec par le traitement. Le maçon est devenu général-architecte-chirurgien-décorateur, il assiège l'espace pictural dans le sang. Un excès de "grande manière" de peindre est ici comme un excès de plaire chez le séducteur : la nausée, ou le fou rire nous guette ! Bref toutes ces constructions colorées à la Titien, Rubens, Véronese ou Franz Halls nous mettent en moiteur et mal-aise ; ça sent la mésaventure grave de la post-modernité. Bien avant cette période critique de l'art dit "contemporain", G. de C. a fait la démonstration de l'impossible retour ... alors même qu'on n'avance plus ! Mais que cet empêchement est glorieux, quand c'est un généreux générateur de peinture qui nous le dévoile ! C'était une exposition prodigieuse au Musée d'Art moderne, jusqu'au 24 mai.-
Le salon Réalités Nouvelles est interressant à plus d'un titre. D'abord, parce qu'il se tient dans l'espace exposition du Parc Floral de Paris, M°Château de Vincennes et que c'est toujours une bonne surprise, quand on va voir de l'Art, de traverser d'abord un joli bois fleuri. Ensuite parce qu'il présente tous les 400 artistes exposés dans une première salle, version échantillon : les œuvres y mesurent 20 cm en moyenne. Et elles sont délicieusement bonnes, contraintes par la taille et la matière, du papier. Enfin parce que l'hangard qui présente d'autres œuvres au format 1/1 est vaste, les artistes y cohabitent sans trop de proximité. Bon ... et alors, ces grandes œuvres ? Toutes non-figuratives, comme le réclame l'esthétique des fondateurs depuis l'année 1946 ... et rarement franchement mauvaises. On assiste à un inventaire de toutes les formulations les plus convenues de l'abstraction, mais avec de la tenue, de l'élégance, de l'invention et finalement, le plus souvent du talent. Mais moi, bien entendu "je ne m'occupe plus de ça" comme répliquait Rimbault à son premier retour d'Afrique quand on voulait l'interresser aux poètes symbolistes. C'est donc tout naturellement que j'ai déniché dans un coin cette sculpture de Stéphan Balkenhol, qui est comme on sait chemisier sur bois. Est-ce parce qu'il représente le courant de la Nouvelle Objectivité ? Je ne comprends pas ce qu'il fichait là, au milieu des militants de l'informel, avec sa bonne figure très figurative !
Nouvellesexposition du

vide

au Centre Pompidou

rien à voir, rien à penser, rien à dire, rien à f.....
Je ne me suis pas déplacé pour les 90 peintures de la rétrospective d'Emil Nolde au Grand Palais. Comme pour beaucoup d'autres valeurs de ce siècle, elles arrivent trop tard pour moi, j'ai eu le temps de virer ma cuti, métaphore qui convient bien pour ce revirement : j'avais ce genre de peinture nordique (de Die Brucke à Kobra) dans le sang. Avec un relent de fauvisme Provençal, naissance oblige. Dagmar, qui est allemande s'est donc chargée pour moi de ce reportage, d'autant que Nolde est un des modernes les plus célébrés outre-Rhin. Avec le seul catalogue je ne jugerai pas l'expo du Grand Palais, mais le bonhomme. Pas aussi fou que Van Gogh ou Munch, mais dérangé tout de même, autant que peut l'être un brave paysan. Que cet art est étrange, le chevalet planté au grand air ne s'y ressource d'aucun calme. Tout y est bancal et inquiétant. Il participe aux groupes, fait sécession et est rejeté par les secéssionnaires ; pareil pour l'académie et la coopérative national-socialiste dont il sera exclu en tant que "dégénéré" (voir Thaddaeus Ropac ci-dessous). Bref un déclassé inclassable qui finira réhabilité et glorieux jusqu'à sa mort à 89 ans en 1956 (je commençais à barbouiller, j'avais 14 ans !) Violente, irrégulière, approximative, biblique ou diabolique, que dire encore de cet expressionnisme rugueux, poreux (sensible à toutes les influences on y trouve même du Gauguin) Nolde est peut-être le dernier des primitifs authentiques, mettant à mal toute élégance primitiviste. Mais bon, j'aime plus, j'ai été trop nourri à ce bouillon!
Lorsque je respirais encore l'air de Marseille (cagnard, mistral, poubelles) la bonne peinture était rarement en vue. Les galeries offraient des tableaux pour "salle d'attente de dentiste" et l'atelier des Beaux-arts ne fermentait pas que des chefs d'oeuvres ... Ô miracle, nous avions quand même des visions fugitives et rarissimes, Camoin l'ocre, Mathieu Verdilhan le borgne, Ambrogjani le rouge. J'ai glané l'image qui figure ici en visitant l'expo "Sur les quais" proposée par le Musée Malraux du Havre. Ce qui m'a touché au coeur, lorsque jeune homme j'ai vu une toile de ce "petit maître", c'est l'honnêteté. Voilà enfin un gars qui ne triche pas avec le savoir, qui donne "ce qu'il peut" et pas plus. Le plus, c'est ce qui nous gâche la vie. Ce "plus de jouir" (disait Lacan) qui nous tend vers le mieux et du même coup dévalorise l'ordinaire de nos existences. En ne faisant rien de mieux que ce qu'il fait, Mathieu - qui avait déjà fait l'économie d'un oeil - nous rend riche à peu de frais. Il me semble que seul un être aussi simplifié que le Capitaine Haddock pourrait peindre aussi sûrement en trois traits, entre deux grandes rasades de rhum. Notre univers humain redevient enfantin, ce qu'il est, finalement. Albert Marquet est arrivé à ce résultat trente ans avant lui, c'est certain, mais Verdilhan, avec moins de génie, beaucoup d'inégalités, touche dans quelques unes de ses peintures le rêve suprême de chacun : démontrer à quel point tout pourrait être si facile, si on ne se croyait pas "sorti de la cuisse de Jupiter" et obligé de faire "des travaux d'Hercule" !
Thaddaeus Ropac a été longtemps ma galerie préférée d'art dégénéré. Je ne dirai pas ce mot épouvantable sans m'expliquer : je considérais que l'art dégénéré était le meilleur, car nous étions partis - à mon sens - dans le progrès à rebrousse-poil, l'envers du progrès, la "dégression" comme avenir (provisoire) de l'art ... et il fallait assumer ! Bon, cette dégression étant devenue permanente et institutionnelle, j'ai révisé ma copie et laissé tombé Thaddaeus. C'est donc un peu par ce fameux hasard qui n'existe pas que j'ai remis les pieds dans ce temple ... et vu Alex Katz. Un gentil, brave vieux et laborieux pop'artiste qui vient nous démontrer ici que l'art figuratif, vidé de son contenu, subsiste sans substance. L'art de la "subsistance" est devant nous. Plus faible, tu meurs ! Le mystère de la présence de l'absence d'art peut donc être démontré sans aucune extravagance, sans fantaisie, tout simplement par la monstration de sa carence. J'espère vous avoir donné l'envie brulante d'aller voir ce prodige. <14 février 2009
Nous voilà à Berlin devant cette superstructure en forme de halle-belvédère construite au-dessus de la Neue Nationalgalerie. Une immense salle d'expo vitrée où les oeuvres sont présentées pour être vues ausi bien de l'extérieur. Cela pourrait prétendre à un nouveau concept muséographique qui me plairait, personnellement, car je n'aime pas beaucoup être moi-même enfermé avec les oeuvres que je regarde ! Donc, vues du dehors, voici les boules de Noël de Jeff Koons. Que dire ? Elles sont très bien réalisées, ces décorations de sapin à l'échelle titanesque. Toujours et encore le Pop Art, version flashy : l'objet manufacturé le plus anodin peut être perverti par sa démesure. Après ces surproductions culturelles inlassablement répétées depuis 50 ans, un ver de terre sur une feuille morte pourrait nous faire tomber en pâmoison de terreur mystique. "Regardez ailleurs", écrivait Ben sur ses ardoises-tableaux. C'est l'évidence, ailleurs continue de vivre quelque chose qui nous réclame la poursuite du sens, tandis qu'ici, dans le supermarquet Jeff Koons, il n'y a que du joli, une exaspération de joliesse bien polie, bien lisse, la pure beauté en soi, laquelle n'a rien à nous signaler, hors son prix ! Il n'y a pas de critique d'art à ajuster à ces choses-là, simplement, on peut discuter du fric : pourquoi, mais pourquoi une telle valeur ajoutée par la marque "Koons" ? On attends encore et toujours le Jugement Dernier sur l'Art ! > 8 février 2009.
J'ai visité la toute nouvelle galerie LOLdesign 34 rue de Saussure 75017 Paris à l'occasion de l'inauguration de sa section pignon sur rue "LOLevents" par une expo très consistante ... et bien enlevée. C'est un peu embarrassant pour moi de faire l'éloge d'un lieu où j'exposerai en décembre ! Alors, je vais parler des artistes, ils étaient trois, mais deux seuls présents et je n'ai retenu le nom de ces deux seuls-là : Nicolas Jouas, prolifique sculpteur sur métal, qui soude et martèle sans relâche un ensemble incohérent de bestioles non répertoriées et de figurines comme surgies de bandes dessinées pour enfant pervers finalemernt très surprises de se retrouver ici en 3D, hilares, soclées et pesantes. Il y en avait partout et d'après ce que j'ai lu, plusieurs régions de France seront bientôt contaminées par la malédiction écologique du Métal Récup de Nicolas... Emilie Polak est une jeune et ardente photographe, inspirée par l'opéra, le théâtre, la danse ... et aussi la tendance (mise en scène néo baroque-trash dans garage désaffecté) Beaucoup de talent et d'ambition, cadré dans le désordre des disciplines artistiques actuelles, où tous les mélanges de genre sont probables et le spectacle la finalité de toutes choses.
Je regarde évidemment avec plus d'attention les artistes qui pratiquent la peinture... mieux que moi nouvellement ! Dans ce registre, Alexe¨Vassilev (ci-dessous) n'était pas un bon exemple, vu qu'il fait des tirages photos, alors que je fais des "tirages peinture". Lequel de nous deux est-il le plus décadent ? J'ai eu droit à une autre confrontation, Galeie Daniel Besseiche, avec le peintre BERG. Je suis immédiatement protégé par un pare-feu de méfiance globale. La galerie me paraît fort douteuse (Paris, Genève, Courchevel, Dinard, Pont-Aven et Val d'Isère) et l'artiste ambigu. Ces natures mortes , avec un petit pot de faïence seul au centre de l'obscur à distiller une lumière surnaturelle... hum. Et pourtant, la qualité est présente et cherche presque désespérément à faire oublier l'intention... qui elle, pourrait paraître sombrement vénale. Ce problème, avec la peinture "de facture classique" c'est qu'elle semble avoir eu de tout temps son public d'indigents culturels qui espère trouver Da Vinci (ou Dali) en solde sur le marché et se rabattent sur des valeurs approchées présentées par des "bonnes galeries". Mais les temps ont grandement changé : les vieux bourges raffolent déjà d'art moderne et leurs petit enfants vont dans les salles d'art contemporain comme à la piscine. Donc, cette peinture finie, léchée, n'est plus au goût du jour. Pourtant, un doute subsiste qu'elle serait là pour racoler (pour racoler, il suffit de peindre mal, tous les amateurs savent que mal fait, c'est fait exprès pour s'exprimer), que le respect des apparences ne pourait être qu'une attitude ultra démodée, que le labeur en peinture est signe de manque de génie ! Patience, la peinture finit toujours par répondre aux questions que l'on se pose sur elle.
Richard Serra (Tuileries) faisait partie de mes favoris. J'aime encore beaucoup. Ces grandes murailles rappèlent l'homme à ses dieux... qui ont déserté les cités de l'homme. Reste l'élan mystique que suggèrent ces tôles rouillées déroulées. Mais aussi, elles sont révélatrices de l'encombrement exaspérant de tous nos "espaces urbains". Résultat: cela ne fait que quelques centaines de tonnes de matières en plus, masquant la vue et forçant le passant à contourner, ce qu'il fait déjà à longueur de jour! Dans mes autres repérages, rue Debelleyme Paris 4e, Alexeï Vassilev, galerie Blue Square. Il fait en photo ce que je recherche en peinture! Dans le même coin, Nils Udo, un ex-champion du "land art" s'est remis à la barbouille, ce qui est annoncé au clairon par Pierre-Alain Challier. Un nouveau vieux débutant!
Prague et Vienne sont peu distants mais c'est un an plus tard que nous avons visité la ville impériale. J'aurai volontiers fait une grande page sur Vienne, mais je n'ai cette fois vraiment pu prendre que cette photo tremblée : un portrait de la femme exquise de Klimt ! Chaque fois que je levais le bras pour clicher une oeuvre remarquable de ces somptueux musées (Léopold, Belvedere) gardiens ou gardiennes me fonçaient -- aimablement -- dessus. Même une vue de la salle des pas perdu prise depuis une galerie haut perchée a déclenché une agitation véhémente de "non!"...Ces prescriptions concernant les prises de vues dans les musées sont inexplicablement différentes d'une capitale à l'autre! Donc rien sur Kokoschka, Schiele, Egger-Lienz, Andri, Boeckl, Gerstl, Böhler, Kolig, Corinth, cherchez sur La Toile, et je dois reconnaître que j'ai eu du mal à trouver des sites bien illustrés de leurs tableaux!
Un dernier retour sur Prague et ses mille merveilles. Quelques clichés des façades délicieusement ornementées pris à la volée dans les rues, ou des murailles intérieures d'une église. Dans le Couvent Saint Georges, une peinture baroque savante et de sublimes vierges à l'enfant sculptées dans le bois, mais fraîches comme le jour où elles ont posé pour l'artisan amoureux de Dieu, du monde et des slavones... Pour celles ci, images floues précipitamment volées, cette fois à cause de la vigilance des gardiens, mais cela préserve leur inéffable mystère à contempler sur place. En attendant, cliquez sur l'image!
Comme j'ai été très bien accueilli dans cette trop fameuse galerie Emmanuel Perrotin, ma verve acidulée sera cette fois tempérée. Fermée ordinairement le lundi, la porte s'est ouverte pour deux égarés du calendrier, dont moi. J'ai donc parcouru cette expo signée Elmgreen & Dragset, une bonne marque d'installateurs si j'en crois leur historique. Et ils ont conçu ces espèces d'ectoplasmes en résine hight tech (en référence à de glorieux sculpteurs Moore, Brancusi etc.) pour servir de mannequins présentoirs de fringues d'art monstre à quelques grands de la mode vestimentaire (Ferretti, Rykiel etc.) Tout ça en même temps que la "Fashion Week" de Paris. Ne sommes-nous pas comblés de garanties? Puis en sortant de là j'ai trouvé, rue Commines, Sophie Kao, artiste peintre sous les spots de son très kleen atelier-boutique. Voilà, j'ai fait mon gentil petit Tintin au pays des Arts.
A 20 mètres de hauteur dans le trancept de la cathédrale de Cologne, il est difficile d'apprécier les 113 m2 du nouveau vitrail que Gerhard Richter a gratuitement exécuté à partir de 72 couleurs sélectionnées sur les autres vitraux de la cathédrale. Mais on est quand même content de savoir que c'est lui qui a été pressenti pour ce travail, financé (370 000 eu.) par une souscription. Le concept est une reprise des "4096 farben" oeuvres de 1974 composées comme un nuancier d'échantillons rectangulaires juxtaposés. Pour Cologne, Il a utilisé un logiciel pour tester quelques centaines de propositions d'assemblage. Rien que du sérieux. (cliché: montage)
BONJOUR RUSSLAND est le titre allemand pour cette expo au Kunst Palast de Düsseldorf. Je me demande qu'est-ce qu'ils vont trouver lorsqu'elle viendra à Paris. Dobrii den la France? Il s'agit de quelques trésors de l'art moderne français qui ont dormi 90 ans dans les musées russes pendant l'hibernation socialiste. C'est une sorte de choc de retrouver concrètement ces oeuvres bien connues par l'image. L'ensemble est conséquent, et en prime nous avons quelques oeuvres russes majeures (Malevitch, Kandinsky, Tatlin, Rodchenko, Goncharova, Chagall) et moins connues comme Leon Bakst. Serov ou Konchalovskiy. Cliché: Maurice Denis, Polypheme, 1907, Musée Pouchkine.
Jusqu'au 13 janvier 2008, au Musée d'Art Moderne de La Ville de Paris, je conseille d'aller voir l'exhibition (c'est dit comme ça en anglais) d'Hélène SCHJERFBECK. Comme souvent, après une période d'encouragements, le dédain des institutions, qui se voulaient romantiques nationalistes à cette époque-là en Finlande, met son travail simplement naturaliste en retrait, et l'artiste en isolement. Un marchand inspiré sera finalement l'artisan de son nouveau succès à l'époque de la 1ère guerre mondiale. Il est important de signaler sa biographie encombrante: maladie dans l'enfance, déception amoureuse etc. ... Alors que ce qui importe ici c'est la qualité extrême de sa peinture: virtuosité, syncrétisme, sensualité, délicatesse, légèreté, finesse et sens du tragique. Et connaissance parfaite du métier de surcroît!
Après avoir battu en retraite une première fois (pour passer le Pont Charles, à Prague, il faut un certain courage, en saison) nous franchissons le lendemain la Vltava, autrement dit plus symphoniquement, la Moldau. Il y a là sur la rive gauche un bâtiment proéminent sur lequel je peux lire en très gros: ANDY WARHOL. Cette demeure est le superbe Kampa Museum, les pieds dans l'eau sur un îlot. A l'intérieur, l'accès aux salles Warhol est affreusement barré, mais il reste, répartie sur 3 niveaux, une petite collection d'artistes contemporains tchèques très agréable à parcourir dans ce lieu charmant. On y échange les vues intérieures et extérieures dans une harmonie intime avec les oeuvres, ici et la ville, là-bas. Tout cela méritait une page (cliquez sur l'image, un tableau de Stanislas Filko) Sachant combien les gardiennes de musée des pays de l'Est sont pointilleuses, j'ai volé mes photos comme un espion, le coeur battant (Aux Galerie Nationales de Budapest, j'avais acheté le badge autorisant les photos, mais j'étais toujours suivi de très près comme un malfaiteur potentiel)
On connait ma thèse sur l'esprit de rébélion érigé en code indépassable de l'art officiel au présent. La transgression valorise l'Académie. Participante à la programmation de la Biennale de Lyon, "Marie-Claire Cordat (...) n'a de cesse de hurler contre l'absurdité du monde (...) Activiste enragée, elle livre sa guérilla à coups de mitraillette verbale et d’actions corporelles, la plus efficace de ses armes. Elle a été la responsable de la programmation artistique et la fondatrice du centre culturel le Pez Ner à Villeurbanne, de 1996 à 2000" Les Institutions recherchent des artistes terroristes pour postes à responsabilité.
Voilà un bout de temps que je voulais aller voir LE PLATEAU, ignorant que c'était le FRAC île de France qui gérait le lieu. Le bruit commence à courir que cette institution est gouvernée par une idéologie qui tient en quelques mots: trouver et montrer des artistes atypiques qui transgressent les codes dominants de l'art. La plaisanterie tient dans le sous-entendu: il existerait une peinture dominante présentant un réel danger de dévaluer l'esprit aventureux des FRAC! Donc depuis 24 ans, les FRAC ont signé une "convention" avec l'atypisme et la transgression. Nicole Eisenman "jouant en toute liberté des styles et des références... se place d'emblée dans une position quelque peu marginale par rapport au courant artistique dominant" (com. de presse) Français, ne vous laissez pas dominer par la marginalité des institutions!
Si chacun pouvait reconnaître d'emblée l'auteur de cette double toile, nous serions dans un autre monde! Tant il est vrai qu'une certaine peinture "française" des années 70 est pauvre en rayonnement. Pourtant si riche en formes, si déployée en doctrine... qu'elle est dénoncée formaliste et doctrinaire, bref: intellectuelle! Le lumineux musée Malraux du Havre expose actuellement ces quelques hérétiques de la peinture dure qui s'adressent pourtant directement aux sens de ceux qui ont les sens délivrés de la figuration. Leurs noms: Olivier Debré, Jean Degottex, Marc Devade, Simon Hantaï, Joan Mitchell (photo) et le "plus jeune" Jean-Pierre Pincemin. Ils sont accompagnés de quelques autres mieux célébrés tels Jean Dubuffet, Hans Hartung. Un cartel signalétique explique que ces artistes - c'est le titre de l'expo - font des "gestes, signes, traces, espaces"... au lieu de dire que ça représente idéalement rien, çàd. que ça présente concrètement de la peinture? Il y a si peu d'amateur de peinture-culture non descriptive. Le Havre <30 avril.
Gilles Brusset expose du 27 avril au 26 mai ses PAYSARCHITECTURES "LES 3 HORIZONS DE BERNAY", vernissage le 27/04/07 à 18h30.
Nouvelle
GALERIE OESTRAKA 11 rue Georges Folioppe 27300 Bernay, 0615 73 61 90
Santina Coerezza a donc maintenant un nouveau pignon sur rue au coeur du quartier historique et va poursuivre témérairement ses expositions d'art actuel très frais parmi les antiquaires et boutiquiers de cette place fort touristique. Je lui souhaite de continuer avec bonheur cette superbe mission de culture de proximité exigeante et généreuse!
Dans le vaste Palais du Château de Budapest se trouvent la Galerie Nationale de Hongrie. Une imposante collection de peintures baroques, avec des restaurations parfois très flashy (angelots aux fessiers rutilants) et des sculptures de princes en condottieres pleins de noble férocité. La part moderne vaut le détour. C'est une chose curieuse de voir les générations de peintres hongrois donner des oeuvres parfois bien parallèles à nos mouvements représentés en France, et d'autres fois plus engagées dans les tendances viennoises Art-Déco ou typiquement Bahaus qui nous sont moins évidentes. Combien d'inconnus pour un parisien, et que de qualités! Quant à la période soviétique, maintenant que les rumeurs s'estompent, que l'art libéral dit contemporain ne fait plus son effet d'être dans le droit-fil de l'histoire... le réalisme socialiste tient curieusement la route! Il faut dire que la sculpture est une tradition hongroise de haute volée, et l'on est époustouflé de tant de bon maîtres. Cliquer sur l'image!.
Le KUNSTCOMPASS établi par Kapital classe les artistes selon la fréquence de leur médiation.
En 2006: 1)
Gerhard Richter 2) Bruce Nauman 3) Sigmar Polke 4) Rosemarie Trockel 5) Louise Bourgeois 6) Georg Baselitz 7) Cindy Sherman 8) William Kentridge 9) Olafur Eliasson 10) Mike Kelley
En 2005: 1) G. Richter 2) Sigmar Polke 3) B. Nauman 4) R. Trockel 5) L. Bourgeois 6) C. Sherman 7) G. Baselitz 8) M. Kelley 9)
Bill Viola 10) Christian Boltanski (allez les bleus!)
En 2004: encore les mêmes stars les plus vues all over the world..
En 2003: 1) Andy Warhol 2) Joseph Beuys 3) Martin Kippenberger 4) Roy Lichtenstein, 5) Donald Judd 6) Jan Munoz 7) Felix Gonzalez-Torres 8) Yves Klein 9) Marcel Broodthaers 10 Dan Flavin
En 2002:les mêmes. Donc un déclassement d'une certaine "vieille garde" à partir de 2004... ce qui veut dire en fait pour certains des prix trop hauts et des oeuvres qui dorment maintenant dans les musées. Image: Jörg Immendorf (42ème en 2005 )
Palma de Mallorca encore, où une succursale de la galerie JULE KEWENIG de Cologne, gardienne des valeurs sûres des 30 dernières, a capté mon attention. Je suis finalement un supporter de l'art qui déconne quand c'est à cette hauteur du trottoir et son piéton. Ce que je déteste au fond, ce sont les cathédrale du culte de "l'art content pour rien" à très grande échelle. Tandis que chez ces marchands de tableaux je me trouve souvent face à face avec de petits miracles qui soutiennent ma croyance dans cette activité de l'esprit. De l'esprit, il n'en manque pas chez Marcello Viquez, qui s'acharne à tirer les vers du nez de Snoupi ou de ses cousins. Ce petit clébar supposé innocent est rudement soumis à la question de l'imposture à travers un certain nombre de mauvais traitements picturaux. Résultat, des toiles primitivistes plutôt dynamiques et quelques bibelots inquiétants. Un ensemble drôle, turbulent et bien cohérent.
Dans plusieurs salles à l'étage de la Casal Solleric (voir ci-dessous) sont dispersées les installations du sculpteur Juan Luis Moraza, "Docteur en Beaux-Arts par l'Université du Pays Basque" (oui, ils font de l'art, aussi) Donc un intello, et matière à penser. C'est le plomb qui m'a retenu, comme pièce unique, plutôt que les convulsions répétitives de sacs de plâtre (?) gondolés remplissant mécaniquement les espaces. Ici le plomb est en tas, ailleurs il est répandu au sol. On a bien l'habitude de se pencher sur ces rebus et rébus des installations actuelles, dont le sens immédiat est "youpee! j'occupe toute la place avec mes petits riens". Plein de riens égale-t-il quelque chose? En tous cas le plomb fait un peu peur, maintenant qu'il est interdit. Moitié crotte, moitié serpent, on sent passer un frisson d'attirante répulsion!
La Casal Solleric de Palma de Mallorca est une somptueuse demeure seigneuriale rénovée pour y abriter des expositions de qualité, de ce que j'ai pu en juger sur mon bref passage. Pas de check-up à l'entrée, qui est gratuite, et aucune surveillance visible dans l'ensemble du site... le bonheur de l'amateur! Nous y avons trouvé une courte rétrospective du peintre Marc Heine (sur le quel je n'ai trouvé aucun lien en français) Il a eu une certaine vogue dans les années 70, époque où l'enfouissement des courants divers "école de Paris" n'était pas achevé. Une peinture datée, versatile, touchante, en petit format.
Je suis abonné à une newsletter, It'S LIQUID pour recevoir quelques nouvelles de ces artistes que l'on nomme vidéastes. 0r j'aime la peinture parce que justement elle se tient immobile et silencieuse. Parler de ce qu'on n'aime pas est un exercice qui peut conduire à deux impasses, l'une le ridicule sectaire qui tue, l'autre la conversion à la secte qu'on détestait. En visionnant quelques vidéos de Richard Journo j'en trouve deux qui m'inclinent à penser qu'enfin ce Xe art est entré dans sa crise d'autodestruction postnéodada. Jusqu'à présent les salles vidéo sentaient la chapelle ardente et le recueillement mystique. Journo nous libère avec "enjoy the view", écran noir, fond sonore et en grosses lettres défilent "silence please, sit back, relax, listen to the sound and imagine your own vidéo". "Reverse Interactive Vidéo" montre un gros plan de la tronche de l'artiste en train de bailler interminablement au ralenti tandis que les nanosecondes défilent en accéléré sur un gros compteur... c'est très réactif, on baille aussi, bravo!
La galerie Oestraka plie bagages très prochainement. Pour finir ce premier parcours, elle expose du 15 décembre au 15 janvier Claire Aumaitre-Haquet, 3 rue de Geole, à Bernay (27). Je n'ai jamais vu le travail de cette artiste et n'en parlerai donc pas (photo: détail). Ces quelques lignes sont pour honorer encore une fois Santina Coerezza, la créatrice et directrice de cette galerie. Pour son enthousiasme, son sérieux, son inspiration. Pour la patience et le courage que nécessite ce métier épouvantable et merveilleux: trouver des artistes (ingrats) à aimer, à exprimer et à défendre. Pourvou qué ça douré, en 2007!
Du 7 décembre au 31 janvier 2007, la Galerie nomade Oestraka expose Norma TROSMAN accompagné d'Hervé Guilleux à l'Amisphère, 64 rue Charlot Paris IIIe. Une particularité de cette artiste est sa manière de composer un espace en accord de guitare, çàd. plusieurs espaces encastrés entrants en résonance. Le thème du pont lui permet ainsi de culbuter les perspectives, dans une forme de cubisme figuratif, qui n'est pas sans évoquer certain futurisme exporté en Amérique latine où il a bien prospéré. Jaunes et rouges saturée des bagnoles, bleu nuit profonde où se confondent des passants respectables, défilés de vaches impertinentes noires et blanches, les ressources picturales sont là, abondantes et remuantes! C'est cette facture si habile et généreuse qui a séduit le jury du Prix de Peinture de l'Ebouillanté 2006.
Aglagla! J'ai vu l'expo de Joël-Peter Witkin, tremblez, petites gens z'honnêtes!! Bon il paraît que c'est incontournable, alors soyons direct. Je l'ai vu Cité des Arts, un lieu plutôt pépère qui ne m'avait pas habitués à ce genre de monstration... mais tout change si vite, n'est-ce pas. Ainsi la photo d'horreur a ses amateurs, comme les autres genres, et elle s'y prête encore mieux que le ciné, par l'effet d'arrêt sur image. On a tous son temps pour contempler une tête tranchée du haut en bas en deux parties l'une embrassant l'autre sur la bouche. Je conseille de venir avec belle-maman, si on espère espacer ses visites à la maison. Vous n'y trouverez pas la foule coincée dans les barrières (sous l'affiche Paris en Liberté!) comme pour Doisneau. Bon, j'ai réussi à faire mon texte... alors que je trouve l'art nécrophilique mortifère.
Avec Sacha nous projetions une visite au Palais de Tokyo, pour rester jeunes. Mais l'affiche de l'expo Karen KILIMNIK - petite jeune fille bébête et délicieusement abordable dans les années 60 - nous a dérouté. Faisons abstraction de l'installation - jamais rien à dire sur ces encombrements stéréotypés sinon qu'ils déploient une grande ingéniosité pour rabaisser l'espace muséographique à celui d'une salle de réception annuelle du Vintage'club - et visitons gaiement cette suite de petites toiles audacieusement bâclées. Qu'on ne s'y méprenne pas, il y a dans ce travail une bonne leçon de peinture. On y apprend par exemple - ce qu'on avait oublié avec notre goût pour l'expressionnisme tragique - que la peinture sentimentale peut exister aussi. Karen sait investir dans sa féerie suffisamment de maladresses délibérément amoureuses pour y faire présence. Gaucherie, modestie, tendresse un peu figée, pudeur oblige, tout un registre ignoré ou rejeté de l'histoire de la représentation s'impose ici, en douceur.
Le courage culturel, ça existe. Affronter la queue du Musée du Quai Branly en est un exemple. Sinon affronter les tarifs des expos thématiques - actuellement D'un Regard L'Autre et entrez directement dans les profondeurs abyssales en lumières "noires" de cette scénographie de nos racines primitives. Moi j'y ai retrouvé une figure copine, ce masque (photo) que j'avais âprement négocié à un camelot lors d'un voyage récent en Guinée. Bien sûr la version muséographique est ancienne - début XXe siècle pour la plupart des oeuvres, rarement XIXe et moins) plus remarquable et plus compliquée. A dire vrai, je préfère la mienne! Tout le reste m'a fasciné, étourdi, lassé puis gêné. Au fond, c'est du pillage, et la grandiloquence des installations de haute sécurité n'empêche pas la disparition du contenu essentiel de ces ouvrages. Ils étaient tous plus ou moins "opérants" sur une autre scène, d'où ils ont été expropriés, le chantier du Divin.
Comment un minus comme moi va-t-il vous parler du Titien? Le Titien, c'est la grandeur. Aucune complaisance chez ce géant, rien que le savoir faire poussé à sa plus haute exigence, au soin le plus extrême, qui est l'effacement de l'artiste au profit de l'oeuvre. L'oeuvre du Titien est libre, mais pas dans l'ivresse du talent, tout au contraire, dans le triomphe sévère de la rigueur. Un tel souci de peindre nous laisse confus, dans nos sordides petits calculs de réussite à peu de frais. Et tout autant dans nos aigres enchantements d'être si subversifs, si dérangeants, avec nos poncifs post-néo-dada. Titien ne crachait pas dans la soupe. Il aimait et honorait les puissants en peinture, et cette peinture en même temps asservissait les puissants à son art. Leur magnificence devient celle de la touche soyeuse du Maître. Quant à la déesse modernité, elle est si présente qu'on pourrait l'entendre dire:"Titien et Manet étaient-ils le même?"
Musée du Luxembourg, jusqu'au 21 janvier 2007.
Cette sorte d'Arche de Noé, en fait une péniche à voile, se trouvait sur le terre plein très étendu du port portugais de Nazare. Profitant d'une journée de relâche pendant ce 2em voyage atlantique du Bicolor, j'ai eu loisir de me promener alentour et suis tombé en arrêt devant ce mur où multes navigateurs avaient laissé leur sceau. D'où l'idée de cette petite exposition où l'on pourra apprécier la fraîcheur inventive de ces peinturlureurs des mers. Pour ma part, j'aurais bien aimé établir un lien fluide et solide entre mes navigations et mon travail d'atelier. S'il existe, il est alors très symbolique, c'est la joie enfantine de baliser l'espace, à laquelle s'ajoute cette frénésie particulière du bricolage marin: assemblages spéculatifs de trucs et ficelles à des fins qui paraissent toujours sybilines aux non-initiés! Art Mural
L'Espace Commines présentait jusqu'au 11 juin l'association Artistes à la Bastille (souhaitent-t-ils encore quelques retombées de la révolution de 1789?) Si l'on passe les scoubidous en fil de fer, carton, peluches, plumes en espérant trouver plus loin quelque forme pour allonger son oeil exténué, pas la peine: on est ma tombé, c'est la fête foraine avec sa camelote époustouflante. En dépit du titre racoleur "Don d'orgasme", on peut venir avec les enfants, ça ne va pas nager dans le foutre! Enfin, tout ça est très léger, il n'y a pas lieu de déprimer. J'ai fini par trouver 30 traces de peinture, format "voeux d'artiste" (20 x 20) L'artiste Françoise DEVREKER a même pris soin de repinturlurer sur un petit carton fixé à-côté le motif de son assemblage de mini toiles, c'est trognon!! Une force vive de peindre qui n'a plus qu'à se centrer...
Née à Zurich en 1998, la Cow Parade a connu un tel engouement qu'elle a été exportée avec succès dans plus d'une vingtaine de villes : New York, Chicago, Luxembourg, Bilbao, Salzbourg, Sydney, Tokyo, Florence....C'est au tour de Paris, puisque du 25 avril au 16 juin 2006, les vaches customisées suivront la ligne 1 de la RATP. Des Sponsors achètent les vaches nues, des artistes les habillent. L'ensemble sera regroupé en troupeau sur le Parvis de La Défense où les vaches seront vendues aux enchères au profit d'associations humanitaires. J'ai copié ces infos sur le site du CIDIL, les produits laitiers. C'est commercial, libéral et humanitaire, comme nos sociétés, comme nous, comme nos pensées. Et c'est dans la rue pour nous le montrer. Les passants rigolent mais les vaches restent sérieuses.
Loz on the net vaut - provisoirement - le détour, notamment la page project hope. Je conseille vivement de passer par la page d'archives si l'on veut avoir une vue exhaustive du site sans jongler avec les bulles de la page d'accueil. Et n'oubliez pas d'exprimer vos remarques, il semble en être vorace!
J'ai un faible pour la galerie MARIA LUND, 48 rue de Turenne 75003 Paris. Est-ce du à la grâce de la galeriste, ou bien à la quiétude du lieu, ou plutôt à la rigueur des oeuvres exposées? Déjà, le site web indique le sens du nécessaire: toutes les oeuvres présentées sont visibles, c'est exceptionnel dans le milieu des arts plastiques (on vous bassine avec du texte sans images).J'aime ce bout de Danemark à Paris, avec des artistes déconnectés des tendances-mode de la capitale. Vous y verrez toujours "autre chose". Bente Skjottgarrd et ses sculptures céramiques, Ofer Shafrir et ses photographies sont exemplaires d'une certaine qualité d'un rapport de vérité avec la nature et avec la culture. < 6 mai 2006
Malbranche expose actuellement depuis mars sur les cimaises de l'Ebouillanté un ensemble de petits formats, comme la hauteur des murs le permet. Beaucoup de choses à voir dans ces espaces graphités de sortes de formulations plastiques très alchimiques: arabesques, alphabets, figures anatomiques se disputent cet espace relativement compliqué, mais qui suggère la percée d'une trêve. Le champ s'éclaircit, une place centrale, comme un parvis, répartit les signes en un certain retrait, une ordonnance se fait jour.
Ces peintures doivent être regardée longtemps pour que tous ces symboles s'organisent, comme un paysage médiéval d'une ville aux rues et places entrelacées tourne la tête au premier abord, puis devient familier et invite au parcours. De l'élégance dans cette architecture, mais pas de sophistication; les couleurs, rares et brutes, semblent celles des encres d'imprimeur. Un bon plaisir pour l'oeil et l'esprit.
Toujours sur repérage de Marleen voici un autre artiste, Alain BALLEREAU, qui a su la toucher et sur lequel je me suis pris la tête après avoir visionné les huit années de 96 à 2003 qui sont données à voir sur son site impeccable. Evidemment je suis sensible aux petits carrés et toiles flottantes. Encore plus particulièrement à ces planches d'objets picturaux inidentifiables mais qui ressemblent fortement à tout ce qu'on met dans sa poche ou pose sur la table. Collection de motifs pour peintre d'intérieur! Avec un acharnement certain, Ballereau range le désordre de ce monde et trouve une place provisoire et vagabonde pour chacune de ces... condensations ou déplacements plutôt que des trucs et ficelles bien concrets. C'est là qu'intervient la grâce d'un traitement très subtil, très poétique (on pense à Prévert, un peu et surtout Michaux) Ce "montreur" doit réinventer inlassablement sa tactique picturale pour rendre compte en image de cette obscure et interminable liste-inventaire qui semble d'abord un texte.
L'artiste s'appelle Béranger, la web-galerie s'appelle BAZART, et c'est Marleen qui m'a envoyé son e-card avec ce commentaire: "j'adore ce p'tit nouveau". Sur cette bonne recommandation, je suis allé sur place (en un seul clic) et j'ai fait défiler les quinze peintures de petits formats (35 x 50 cm) proposées à 170 euros.
A Marleen, j'ai répondu "Très bon choix. Je suis jaloux, ça a l'air de lui couler du pinceau et de la spatule comme la mayo sort du tube! Pas de problèmes d'avenir pour lui. La figure, c'est ce que les amateurs veulent, parce qu'ils pensent savoir en juger (vu qu'ils en sont une) Heureusement, à la dixième, un soupçon de lassitude, c'est dû à Bazart, et à son principe <supermarché> de l'art (clonage des oeuvres jusqu'à l'écoeurement) Mais je serai galeriste, je prendrai" ...ce p'tit nouveau déjà si bien rodé!
Mon envoyée spéciale Dagmar a visité pour nous l'imposante expo de Matisse au K20 de Düsseldorf, regroupant, comme celle que j'avais vue à Paris il y a quelques années, plus de 200 oeuvres. Le thème récurrent "personnage féminin dans un intérieur" est ici longuement mis en relief, nous dit la brochure. En train de lire, de rêver ou de dormir, vêtues de robes légères aux larges motifs ou à la persane, attentives ou alanguies, elles complètent ce paradis en peinture de divan, guéridon, coupe de fruits et porte ouverte sur jardin odorant...On ne peut plus rien dire, sur Matisse, sinon quoi? Il est comme le dernier des mohicans bienheureux peintre intimiste représentatif, si fier et joyeux de l'être, à la veille d'une inextricable crise catastrophique de l'art, de ses créateurs, amateurs, médiateurs, prédateurs et de sa critique!
J'ai apprécié le travail de Marie-Josèphe Devisme lauréate du 7èm Prix de peinture de l'Ebouillanté, pour un certain nombre de raisons picturantes, comme: la qualité de l'espace (une grande étendue sur peu de papier), le lyrisme tempéré d'une retenue, d'une gravité de bon aloi, la densité des matières et enfin la cohérence des quatre oeuvres, visibles à L'EBOUILLANTE à partir du vernissage, le 20/12/05.
Je vais souvent chercher dans une expo de photos des renseignements sur ce dispositif qui permet les images plates dites "instantanées". Je suis allé voir Willy Ronis, à la Mairie de Paris, je passais devant et la file d'attente était courte (l'expo est gratuite). A l'intérieur, super-papy et super-mamie retrouvaient là des vestiges de leur quartier, voire de leur grève à la SNECMA en 1947... Car Willy a été bon communiste, et son regard va direct dans le populaire. J'avais recommandé cette expo à Dagmar, sur la foi de quelques documents vus et revus dans mes vieux bouquins. Sur place, le déploiement de l'oeuvre m'a perturbé. Le contenu est toujours présent, mais la forme suit, ou ne suit pas, c'est la question. Parfois la fée argentique fait son prodige poétique, et d'autres fois, le vérisme reste un peu planté là. J'ai essayé de créditer W. Ronis d'un mystère, le déclic qui abolit le superflu du style. Un grand professionnel, l'objectif centré sur son objet, confiant dans la réalité du monde et ce monde le lui rend bien!
J'hésite à entrer. Je ne suis pas amateur de "Dogonneries", çàd du mystère Dogon et de ce surprenant marketing qui s'est déchaîné sur cette minuscule oasis où notre dernière avidité colonialiste s'est trouvée un alibi culturel infaillible. Je suis devant une galerie au nom très élégant AFRICAN MUSE GALLERY, 50 rue de l'Hôtel de Ville, Paris 4e. J'avais remarqué la qualité des objets exposés, travail d'artistes africains contemporains continuant la tradition tribale, avec cependant un certain malaise, comme quand je vois des Aborigènes en tournée internationale à la Biennale de Venise ou de Sao Paulo, mêlés à d'autres attractions ethnocentriques; ça rappelle - toute proportion gardée - les tribus de pygmées mis en cage à dernière Exposition Universelle. Mais j'arrête de râler, j'entre, et là, sur les cimaises, c'est l'art qui est mis en cage par cet athlète plasticien: Daniel Hourdé. Voilà une grosse carrure et sa démonstration laisse le petit blanc que je suis sur le tapis. Allez le voir, ça fait du bien, c'est une très bonne claque!
Un petit magazine confidentiel réservé aux happy few de langue anglaise circulant dans Paris, dont le titre "GoGo" pourrait faire croire qu'il s'adresse aux personnes naïves... mais un peu jobardes: dans une mise en pages très graphy, on découvre ce que les Englishes se mettent sous la dent, sur le corps et dans la tête lorsqu'ils jouent aux Parigots. Dans ce mignon petit foutoir donc, une double page, rubrique "vitrine" montre une installation de Spencer Tunick, artiste newyorkais qui fout tout le monde à poil depuis une douzaine d'années, et de préférence sur des places publiques. Il recrute ses modèles par annonce sur son web site et sur cette double page de GoGo, il vous attend pour la prochaine Biennale de Lyon.
Moi, ça m'est proprement égal ce qu'on prétend faire comme performance - la vie ordinaire est une performance - et je ne suis sensible qu'au résultat: j'attends de la qualité, toujours. Ces corps sur le ciment sont comme les melons des paysans en colère, on les regrette vaguement puis aussitôt on les oublie.
Eduardo Chillida Belzunce est peut-être le frère cadet de cette famille des Chillida où chacun s'affaire dans l'ombre du grand sculpteur. Mais ce petit frérot a sacrément du talent bien à lui tout seul. J'ai pris cette mauvaise photo dans la galerie Ekain en sous-sol et l'éclairage artificiel m'a volé tous les bleus et rouges qui montrent bien que l'artiste est assis devant la baie de San Sebastian et non pas une arène sèche de corrida! A voir ce travail rustaud, bien contourné, en pleine pâte, où chaque chose est saisie et figurée dans l'immobilité glauque du médium, assise et même comme soudée à l'arc du pinceau, j'ai jubilé. Voilà quelqu'un qui réconforte, en démontrant qu'il est possible de peindre simplement son atelier comme un temple des arts, avec rigueur et vigueur afin de vous y clouer le regard. Pour que rien ne dérape, rien ne s'échappe, les objets sont vissés sur le plan vertical avec l'appareil d'une forte perspective cavalière et sans malice. Et cependant, le mystère entre là-dedans tout en tremblant!
Au cours de notre croisière sur la côte cantabrique, j'ai rencontré diverses formes d'art dans les rues. D'une part, il y a visiblement en Espagne du nord des crédits pour la sculpture urbaine, et je pense que cela vient bien sûr de l'importance internationale de certains chefs de file comme Eduardo Chillida. Mais il me semble qu'une certaine tradition était déjà en vigueur, car nous avons souvent été confronté à des pierres ou des bronzes "réalistes" qui dataient sans aucun doute de l'époque franquiste...Tant il est coutumier qu'une dictature parle au peuple depuis le centre des places publiques au moyen d'un art expressif et simpliste. Mais aujourd'ui, les artistes espagnols donnent des oeuvres radicales ou raffinées, souvent d'un degré complexe d'élaboration mentale et les élus qui les commandent prennent des risques!
C'est à San Sebastian (Pays Basque espagnol) que je tombe en arrêt devant des images agrandies extraites des carnets de voyages de l'artiste majorquin Miquel Barcelo. Un exemple de tout ce qui est devenu tendance dans l'art d'aujourd'hui, par exemple l'axe Hôtel Terminus Nord-Pays Dogon. Ce dandy à l'inspiration surdimensionnée trace régulièrement la route de notre futur culturel. Utilisant des matériaux puisés sur place au cours de ses nombreux voyages, il fascine par sa puissance polysémique, un condensé de Pollock + Warhol + Beuys + Basquiat et encore bien plus d'autres. A la saisie du meilleur de l'invention plastique de tous ses prédécesseurs, Barcelo rajoute la prise directe dans la chair de l'actualité et la captation de tous les fétiches qu'il transforme et nous livre insolemment en marchandise d'art.
L'espace Commine, 17 rue Commines 75003 PARIS ouvre de temps à autre sa petite porte sur la rue, invitation discrète à y entrer. Dès le seuil, un vaste coup d'oeil permet de décider si l'on poursuit l'investigation. Cette fois, ce sont des plasticiens, comme on dit encore.
Ce qui m'attire là, aujourd'hui, ce sont deux maxi-toiles d'une artiste qui se nomme
Laurence Egloff. J'ai souvent eu un faible pour le travail des femmes peintres, alors que je déteste cordialement celui des vidéastes narcissiques lorsqu'elles sont elle-même l'objet et le motif de leur recherche "à corps perdu".
Laurence Egloff barbouille ferme, fort et sans ménagement pour les amateurs de nuances. Du tableau de chevalet pour autoroute: à 1km, on distingue une figuration. C'est joyeux et j'aime beaucoup ça.
Jusqu'au 5 juin, le Palais de la Bénédictine propose une exposition de Wao Zou Ki. Je n'ai jamais rien compris à cette fabuleuse "Ecole de Paris", sinon que tous ses membres étaient des "étrangers" dont la seule proximité a été de se regrouper dans Montparnasse, où un certain climat d'entraide leur permettait de survivre, loin des désastres du monde contemporain des années qui précèdent, accompagnent et suivent la 1ere guerre mondiale. Pour tous ceux que "le bon goût français" rend perplexe, je recommande d'étudier de près ces façons de faire de l'art que nos gouvernements successifs ont officialisé.
Toujours plus fort, pour causer de ce que je ne sais pas, je dispose ici de quelques lignes pour décrire la quatrième "International Contemporary Art Fair" qui se déroule à Prague du 24 au 29 mai. Je demande donc à tous ceux qui auront eu la chance, comme moi, d'y participer et d'y aller eux-mêmes la visiter de me contacter pour m'informer sur ce qu'ils y ont vu, découvert et médité.
Pour l'instant, ce que je crois en savoir, c'est que le Marché de l'Art suit à la trace des millionnaires, et la route de l'Est est donc tout à fait indiquée. La légende s'y développe aussitôt: beaucoup de transactions à faire dans le secteur. Sauf que le secteur des transactions juteuses se sauve plus loin, comme un voleur, dès qu'on le dénonce. Plus loin, plus loin que la Chine...
Il était bien agréable à nos oreilles d'entendre Hervé Pechoux s'exprimer ce jeudi 31 mars sur les ondes de France Culture. D'abord, bien entendu, cet artiste a obtenu la mention hors-concours à notre Prix de Peinture de l'Ebouillanté 2004; mais aussi, quelle simplicité dans cette interview! Le thème en était pourtant complexe: des rapports de l'art et du texte, de l'encyclopédie à la vie en passant par l'expression plastique, bref, rien que de très tendance. Parfois on survole comme ça la station culturelle de Radio France, on stoppe stupéfait devant tant de lenteur... et on démarre en vitesse à la recherche d'un bon Rapp!
Hervé Pechoux se dépêche lentement. C'est un tireur à l'arc de l'art contemporain. Mais il semblerait qu'il est aussi sa propre cible. A la fois Guillaume Tell et son fiston sous la pomme! Il dit qu'il est "page". Au service de quel Royal éditeur? Page comme d'un livre, qu'il écrit, un mot après l'autre, d'un grand lexique sur lui-même ne parlant que de l'autre. Une expo à ne pas manquer, prochainement à
L'EBOUILLANTE.
Le Musée de la Vie Romantique est un assemblage un peu désinvolte de plusieurs souches et couches culturelles. La Maison de Georges Sand, qui a habité le quartier, est une installation imaginée depuis des gravures d'époque et l'un des ateliers du peintre Ary Scheffer est reconstitué d'après un tableau découvert dans la collection Renan si j'ai bien compris. On ne sait pas au juste chez qui on vient ni si ce qu'on y trouve est dans un rapport direct avec l'histoire du lieu - qui de plus est un nouveau musée dans un ancien. Alors que fiche là Richard Lindner? Pas grave, tout va avec tout, tout le temps! C'est comme ça, aujourd'hui, et ensuite, on va se bronzer dans le joli jardin qui sépare agréablement les bâtiments
Senigallia est une station balnéaire sur l'Adriatique, et Mario Giacomelli y est né et y a vécu l'essentiel de sa vie. Mais je ne connais pas de ses photos qui montreraient des baigneuses alanguies ou des bambini affairés sur des châteaux de sable. Par contre, on sait pas mal de chose sur les deux institutions de cette bourgade, le séminaire, et la maison de retraite. Qui n'a pas vu ces curetons gambadant dans leurs robes noires pendant la récréation, parfois sur la neige et se faisant toutes sortes de farces, comme des vrais gamins qu'ils sont. Sensible aux années 60 et leur parfum d'abstraction, il a forcé la nature a se montrer non-figurative, et y est parfaitement bien parvenu. La volonté de ce photographe burine les visages des vieilles plus encore que le temps ne l'a fait. Graveur et aggraveur d'image! Bibliothèque Nationale <30.04
Difficile d'en rajouter, quand on connaît le succès de La Compania Nacional de Danza. De plus cette page est celle des arts dits plastiques, et il s'agit d'art chorégraphique. Mais on y décline aussi des - premier, deuxième etc. - "tableaux". Le pari de ce ballet donné au Châtelet, à Paris, est délicat: mettre en corps et en figures de la pure musique, qui d'ordinaire se suffit parfaitement à elle-même, en l'occurrence, des partitions de J.S.Bach. Je deviens très grincheux lorsque je vois des chefs d'oeuvres réduits à servir des petits "metteurs en spectacle". Mais ici, comble de joie, c'est la danse qui sert la musique. Magnifiquement, dévotement, avec courtoisie, spirituellement, avec fantaisie, avec bonheur.
Natcho Duato, le chorégraphe, déambule sur le plateau en marquis exquis, un brin pervers, un peu lassé et en aristocrate inspiré. Ses duos sont de fines ciselures comme celles des boîtes à musique du XVIIIe, siècle baroque prodigieusement revisité par ce ballet. Des bravos à n'en plus finir!
Un authentique atelier d'artiste, construit pour cette affectation en plein Paris, et non transformé en appartement haut de gamme, c'est rare, et c'est là que je retrouve Virgilio, lui aussi un authentique peintre, italien de Rome.Identique à lui-même, défiant la course du temps et ses accélérations, il tient bon. De grands arbres ont poussé déjà autour de la maison, et nombreux aussi, sur ses toiles.
Mais je l'aime plus encore dans ses figures, tel
adam tout nu sur un banc, les dernières nouvelles qui s'envolent...A noter aussi le site-web de qualité, réalisé par sa charmante compagne, Isabelle Edeline
Photo: "la rupture".
La rue de l'Hôtel de Ville, à Paris IVe, contient quelques mystères... La Maison de Compagnons du Tour de France en est un. A la fois bien ouverte sur l'extérieur par ses vitrines très descriptives, où l'on peut voir quelques "chefs d'oeuvre" de charpentier, carrossier ou même plombier, quel passant profane a-t'il déjà pénétré dans son sein? A l'autre bout, La Cité Internationale des Arts est une seconde énigme. Là aussi des pensionnaires boursiers sont supposés élaborer des chefs d'oeuvre plastiques ou musicaux dans un secret bien gardé: la salle d'expo ne publie jamais son programme!
Entre les deux, une galerie d'art africain contemporain très chic présente des merveilles dans le vide absolu de toute clientèle apparente. Enfin, une très petite boutique aux vitres dépolies s'intitule "
Institut Miracle, ouvert que les jours de neige". On y peut admirer une installation d'artiste: un volatile empaillé montre son un bec, honnête et naturalisé, masqué par un masque en bec de condor!
La Galerie MARIA LUND, autrement dite LA GALERIE DANOISE, 48 rue de Turenne 75003 Paris, est d'un accueil très chaleureux, comme quoi les pays du Nord... mais sa peinture est froide on ne peut plus! J'ai trouvé tout de même un grand intérêt à cet artiste exposé là; Peter Martensen et ses "strange days". Le problème du rapport photo/peinture s'y pose tout entier. Par exemple, est-il utile de traduire une photo-papier, ou une photo-écran en peinture-tableau, comment peut-on faire cette traduction, qu'est-ce qu'on y perd, contre ce qu'on y gagne? Il est assez compliqué de répondre en général, mais dans ce cas particulier, la fidélité de la reproduction ne semble être le souci principal que si l'on considère que l'artiste a choisi d'en mettre moins pour faire encore plus terriblement photographique! Les personnages ne sont plus figés dans la gélatine mais véritablement gélifiés dans l'huile! "Je pense que <la réalité> est une affaire d'esthétique" nous prévient-il. Peut-être Martensen fait-il directement de la photo avec sa boite de peinture, sans cliché de départ? Jusqu'au 08.01.2001
La Galerie THADDAEUS ROPAC, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris, que j'aime beaucoup malgré le dédain absolu qu'elle marque pour ses visiteurs (une seule fiche en anglais pour l'expo, mais bon, c'est un extrait de presse pour une artiste de la West Coast...) expose une sorte de fantôme travesti d'un Michel Ange illégetime et contemporain, LizaLou. "The Expulsion from Paradise" présente un Adam body-builder et sa playmate Eve de plus de 2 m de haut, sans socle, avec une particularité ahurissante: toute leur peau est starifiée, étincelante, car recouverte par une incrustation de tissus paillette, ou plus exactement, perlé. Exécuté savamment et sans faillir, cette kitchisation monumentale laisse baba: j'ai tourné en rond sans savoir quoi me dire dans cete salle, où on trouve aussi, dans la même facture, deux bonzes en flammes, un billot noir sanglant avec sa hache, un bébé abandonné. J'y ai perdu le paradis de mon assurance intellectuelle tout-risque. Qu'est-ce que c'est que ce machin là? Jusqu'au 20.11.2004
Encore à Düsseldorf?
Oui, mais pour une
ballade d'architecture.
Simplement le nez en l'air, sans guide ni programme.
La ville, en partie détruite et reconstruite dans les années 50, dégage une bonne balance entre petits immeubles art-déco bien colorés, soulignant chacun leurs différences ornementales avec coquetterie, et constructions modernistes faisant valoir franchement leurs masses sans fausse discrétion.
Et près du Rhin, des grues gigantesques signalent que cette édification se poursuit, en toute confiance.
Mais ici en France, nous assurons que l'économie allemande est complètement à plat...

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